Par Hélène PARRA
Monsieur le Vice-Président Alexandre en a parlé, revenons sur la campagne de publicité lancée par le Ministre Luc Chatel
pour le recrutement d’enseignants. Je passerai rapidement sur le cout d'une telle campagne: 1.3 millions d'euros, car effectivement cela se passe de commentaire.
Nous faisons ainsi la connaissance de Laura, jeune femme visiblement épanouie, qui va trouver sa voie dans l’enseignement
et je cite « le poste de ses rêves ». Elle lit un livre inconfortablement installée. On apprend sur cette publicité diffusée à grande échelle que l’éducation nationale s'apprête à recruter 17000
enseignants, quelques semaines après l’annonce de la suppression de 16000 postes à la rentrée 2011. Cruelle provocation.
Mais suivons le parcours de Laura : elle va pouvoir exercer un beau métier, un très beau métier qu’est celui de la
transmission du savoir. Autant dire tout de suite que pour sa formation professionnelle, elle devra se contenter de deux journées et d’un dvd qui à coup sur l’aidera à adopter la bonne attitude
et en toutes circonstances lorsqu’elle sera devant ses élèves.
Par chance, Laura est affectée dans un lycée du Nord Pas de calais et comme dit le dicton, elle pleurera deux fois : en
arrivant et en repartant.
En arrivant, parce qu’elle connait les multiples injustices qui frappent cette terre qu’elle sait très attachante, les
plaies parfois encore béantes liées à la reconversion industrielle : un taux de chômage des jeunes qui classe la région dans la position la plus défavorable au regard des données de la métropole.
Elle sait aussi que sur les 4 millions d’habitants que compte la région, 36.5 % ont moins de 25 ans et en font la plus jeune région métropolitaine.
Elle sait aussi que plus qu’ailleurs les 16/25 ans sont confrontés à des problématiques de scolarisation, de sortie précoce
du système éducatif, de qualification.
Elle sait aussi que le taux de scolarisation des 16-19 ans et des 20/24 ans est de 79.9 % et 31.8% quand la moyenne
métropolitaine est à 82.6 et 32.5%.
Laura sait également que le taux de réussite aux examens est légèrement inférieur aux chiffres nationaux. Elle sait enfin
que les jeunes de la région souffrent de difficultés spécifiques : prégnance de l’illettrisme et poids du décrochage scolaire.
Au fait de tous ces éléments, connaissant l’histoire du nord pas de calais, elle se dit en toute bonne foi qu’un effort
national particulier doit être consenti dans cette région. Elle sait que des suppressions de postes ont lieu et que des départs en retraite ne sont pas remplacés, mais elle se dit que, quand
même, la région doit être épargnée par les coupes sombres opérées dans l’éducation nationale. Laura, incrédule, découvre la réalité des chiffres et se dit que derrière ces suppressions : il n’y a
même pas de logique comptable. En effet, l'augmentation des effectifs en 2010 qui n'avait concerné que les collégiens se confirme en 2011 et concerne également les lycées. Ce sont 2700 collégiens
et 1000 lycéens de plus qui feront leur rentrée scolaire en septembre prochain. Et pourtant, avec ces 3700 élèves en plus, 470 postes d'enseignants seront supprimés dans les collèges et les
lycées du nord pas de calais. C'est à n'y rien comprendre. La machine à calculer généralement utilisée pour réduire les dépenses publiques a visiblement dysfonctionner. En plus, malgré tout ce
que l'on a dit plus haut sur les efforts qui devraient être alloués, c'est l'inverse qui se produit puisque la région paie un lourd tribut: 470 emplois sur les 4910 pour la France entière.
Laura creuse ainsi la question et comptabilise 343 postes supprimés dans les lycées d'enseignement général et 175 en lycée
professionnel. Elle se rappelle également avoir entendu parler des écoles maternelles et de la volonté du rectorat de ramener le taux de scolarisation des 3 ans au niveau de la moyenne nationale
alors qu’ avec 40 % des éleves de 3 ans scolarisés, cela constituait un atout pour la région… Mais passons
Laura, qui nous ne l'avons pas encore précisé, va enseigner en filière technique se demande bien ou elle va atterrir: en
tous cas, pas là ou on forme aux métiers de la maintenance puisque ces formations sont massivement fermées alors que, au passage, les branches professionnelles font état de besoins non
satisfaits. Elle se dit que cal va être difficile d'être nommée à la Bassée, à Savary à Wattrelos, au LP Turgot de Roubaix ou encore au LP Ferry d'Arras. Bon, dans les filières de productique,
électronique ou chaudronnerie, ca ne sera guère mieux: elle n'ira sans doute pas à Camille Claudel à Fourmies, au lycée Labbé de Douai à Pasteur à Henin Beaumont, ferrer à Lille ou encore au
lycée du Hainaut à Valenciennes. Elle aime bien aussi la ville de Saint André et son lycée professionnel des vertes feuilles, mais la aussi après renseignement, un poste y est également supprimé
et là ou dans des filières il y avait 40 élèves en seconde, le rectorat n’ouvre plus que 15 places en première. (Espérant peut être que les élèves s’envolent pendant l’été).
En plus de ces fermetures, elle s'inquiète du sort des établissements qui avaient déjà été fragilisés aux rentrées
précédentes. Plusieurs établissements attirent particulièrement son attention: Eiffel à Armentières, Beaupré à Haubourdin, Rostand à Roubaix, Val de lys à Estaires, Jacquard à Caudry, Pasteur à
Somain, sans même parler de la situation encore plus préoccupante de Crespin et de Feignies.
Laura ne réalise pas bien et découvre incrédule ce plan de démantèlement des lycées. Alors elle cherche des moyens d'être
rassurée et regarde ce qui se fait du coté de la Région.
Elle apprend que la région a signé un contrat de plan de développement des formations professionnelles et que les rentrées
scolaires suivantes devront s'appuyer sur lui. Elle trouve louables les objectifs qu'il se fixe comme " favoriser par la formation l'adaptation des personnes aux mutations socio-économiques et
accompagner l'émergence des filières d'excellence de demain, porteuses d'avenir et d'emploi". Négocié avec les branches professionnelles et produit à l'issue d'un processus fort de concertation,
elle note également que cela est fait en cohérence avec le schéma de développement économique. Mais elle apprécie surtout les priorités dégagées dont l'élévation du niveau des connaissances ou la
prévention du décrochage.
Coté lycées, elle regarde encore de plus prêt et elle entend parler du plan prévisionnel d'investissement, ses 700 millions
d’euros et du Vice-Président en charge des lycées au Conseil régional.
Elle avait suivi les débats budgétaires et la réforme de la fiscalité locale qui dépouille les collectivités de leurs
ressources propres, qu’elles n’ont plus de marge de manœuvre et que leurs ressources dépendront désormais quasi intégralement de l’etat. Elle sait que les budgets sont plus que jamais contraints
et le PPI s’inscrit ainsi dans une logique, pour le coup, à plusieurs visées :
- compte tenu des contraintes, il se conçoit comme un document d’orientation témoin d’une gestion responsable des deniers
publics
- c’est également un travail important d’anticipation des évolutions des effectifs, des évolutions légales, des réformes
pédagogiques
Laura se rassure sur l’avenir des lycées en se disant que la région porte l’ambition pour ces établissements et qu’elle
joue un rôle stratégique d’anticipation. C’est d’une certaine manière démontrer la confiance et le soutien aux équipes, aux lycéens, aux parents d’élèves. Un pôle d’appui stable et fiable avec au
cœur des réflexions les 190 EPLE et les
129131 lycéens.
Le PPI établit ainsi une liste d’opérations immobilières et d’équipements sur la base d’un dialogue avec les
établissements. Il s’agit ainsi d’un travail issu de la concertation et en tenant compte des demandes et des attentes formulées à la région.
De plus, Laura, se mettant à la place des élus régionaux, se dit que c’est également intéressant (et très précieux) pour
eux d’avoir une présentation annuelle des projets, des priorités et estimations de couts actualisées.
Les projets ne manquent pas et des investissements conséquents sont prévus : prenons le valenciennois : une construction
d’un lycée horticole à Raismes, des restructurations importantes dans les établissements de valenciennes, à Marly ou encore à Saint Amand.
Pensons également au bassin Lens-Hénin-Liévin : une construction d’internat à Liévin, d’un CFA à Lens.
Tout cela est très concret, visible, lisible.
Jean Marie Alexandre l’a bien expliqué : l’ambition de la Région est de faire des lycées des établissements du 3ème
millénaire et visent d’une part à la haute qualité sociétale et d’autre part à devenir des lieux de la formation tout au long de la vie c'est-à-dire des lycées campus.
Et sur ce dernier point, Laura donc future enseignante voit dans ce concept des lycées campus une idée novatrice qui fera
évoluer la vie d’un établissement.
En effet, dans une région comme la notre, encore plus qu’ailleurs, nous savons que le lycée général n’est pas
nécessairement la voie d’excellence et que les lycées professionnels occupent tout à fait une place centrale dans les dispositifs de formation. L’apprentissage quant à lui prépare plus activement
l’insertion des jeunes dans la vie active.
J’ai eu le plaisir d’aller saluer un élève du CFA BTP de Roubaix sélectionné au niveau régional pour concourir au meilleur
apprenti de France, spécialité peinture. J’y ai rencontré des apprentis volontaires, de véritables artistes, patients et rigoureux et pour lesquels les perspectives d’emploi sont réelles.
Proposer que les lycées deviennent l’axe central des formations et intègrent différentes structures (CFA, services communs
des GRETA) c’est être cohérent. C’est pour la région mettre les moyens pour proposer les lieux de la formation tout au long de la vie et penser ces lieux autrement. C’est mettre à disposition des
locaux, aménager des milliers de metres carrés et se donner toutes les chances de réussir la cohabitation de publics différents, créer des espaces vivants et modulables. Repenser les espaces,
leurs roles, les circulations les lieux d’activités. Repenser également les temps, les temps d’apprentissage, les temps de détente.
C’est améliorer la qualité de vie et les conditions d’apprentissage. Un lycée et encore plus un lycée campus c’est un cœur qui bat dans une ville, sur un territoire.
Revenons à laura, future enseignante de notre région.
Laura aura finalement pleuré de rage devant les injustices des suppressions de postes dans notre académie, elle aura aussi
beaucoup ri (mais un peu jaune) en entendant le Président Sarkozy annoncer qu’il n’y aura pas de suppression à la rentrée 2012 et elle se dit qu’il devrait y avoir une élection présidentielle
chaque année…